Ce blog, consacré à la problématique bâtiment - ville et énergie, souhaite apporter sur ce vaste sujet quelques éléments de réflexion utiles.

À cette fin, il incorpore de nombreux liens vers des sites et articles qualifiés.

mercredi 8 avril 2015

Innovation & acceptation de l’incertitude, du risque

Photographie TBB - 2007
Pour apprécier la manière avec laquelle est évaluée, en France, l’innovation (qu’elle soit relative au secteur de la Construction ou non), il est intéressant de faire un détour par les travaux menés par le psychologue néerlandais Geert Hofstede sur les différences culturelles.

Celui-ci, en s’appuyant sur l’analyse de très nombreuses enquêtes menées à travers le monde, a proposé de « projeter » ces différences culturelles sur un espace multidimensionnel.
Au fil des années et au fur et à mesure de l’enrichissement des bases de données et de l’approfondissement de sa réflexion sur le sujet, le nombre et la définition de ces dimensions ont évolué.

Elles sont aujourd’hui au nombre six : la distance hiérarchique, le contrôle de l’incertitude, l'individualisme et le collectivisme, la féminité et masculinité, l’orientation à court terme/long terme, l’indulgence/sévérité.

Sur chacun de ces six axes qui structurent l’espace proposé comme représentation des différences culturelles, et pour chacun des pays pour lesquels la base de données est d’une taille suffisante pour pouvoir se livrer à un exercice quantitatif, une valeur, de 0 à 100,  est attribuée.
Ces valeurs sont des moyennes et elles ne signifient pas que chaque ressortissant d’un pays considéré s’aligne parfaitement sur celles-ci.

Elles sont néanmoins fort intéressantes et permettent de se livrer à des exercices de comparaison entre pays.
C’est ce qui est fait ci-dessous pour cinq pays (France, Japon, États-Unis d’Amérique, Chine et Allemagne).



Concentrons-nous sur l’axe qui pointe vers le bas, Uncertainty avoidance, qui signe la relation à l’incertitude, l’acceptation, plus ou moins grande du risque.
Avec un « score » de 86, les français se situent parmi ceux qui sont les plus mal à l’aise avec l’incertitude et le risque (dans la base de G. Hofstede les valeurs extrêmes sont de 23 pour le Danemark et de 95 pour la Russie).

Cette dimension, comme les autres, est acquise, par immersion dans l’environnement culturel, et non pas innée. Cela est heureux car, si tel était le cas, on peut se demander si les petits Français oseraient tenter la marche debout, assurés qu’ils seraient de tomber plus d’une fois avant d’y parvenir !

Cette aversion au risque et à l’incertitude se traduit par nombre d’éléments, variés, de notre quotidien comme la codification massive, une extraordinaire prolixité réglementaire et normative, une relation compliquée à l’autre, à l’étranger, la nature des placements des économies des Français (assurance vie plutôt qu’actions)…

De façon sclérosante pour le pays, elle a été gravée au plus profond, en février 2005, lorsque le Parlement, réuni en Congrès, a inscrit la Charte de l'environnement dans la Constitution, installant par là même dans celle-ci le principe de précaution (art. 5).

Appliquée au cas de la construction, cette forte aversion à l’incertitude se traduit aussi par le fait que le désir d’investir peut être totalement congelé s’il apparaît que le contexte (réglementaire, fiscal, incitatif …) peut évoluer rapidement, voire brutalement, mettant à mal la visibilité attendue d’un investissement dans le bâtiment.
Cette aversion au risque trouve également un reflet dans la diversité des modes d'évaluation technique des procédés constructifs innovants.

Sur cet axe, comme sur les cinq autres, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » réponse ou position. En revanche, il est utile d’être conscient de ce qu’est notre situation par rapport à celle des autres et du fait que ce qui peut nous sembler logique, voire naturel, n’a en fait, le plus souvent, rien d’universel.
Si le Français souhaite que tous les voyants soient au vert pour démarrer, il n'en va de même pour les autres, ce qui est bon à savoir dans un environnement concurrentiel.
Comme toujours, il est précieux de se connaître (Γνθι σεαυτόν).


Petit bonus web : Entretien, passionnant, avec Geert Hofstede (en anglais)

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