| Photographie TBB - 2007 |
Pour apprécier la manière avec laquelle est évaluée, en
France, l’innovation (qu’elle soit relative au secteur de la Construction ou
non), il est intéressant de faire un détour par les travaux menés par le
psychologue néerlandais Geert Hofstede
sur les différences culturelles.
Celui-ci, en s’appuyant sur l’analyse de très nombreuses
enquêtes menées à travers le monde, a proposé de « projeter » ces
différences culturelles sur un espace multidimensionnel.
Au fil des années et au fur et à mesure de l’enrichissement des
bases de données et de l’approfondissement de sa réflexion sur le sujet, le
nombre et la définition de ces dimensions ont évolué.
Elles sont aujourd’hui au nombre six : la
distance hiérarchique, le contrôle de l’incertitude, l'individualisme et le
collectivisme, la féminité et masculinité, l’orientation à court terme/long terme,
l’indulgence/sévérité.
Sur chacun de ces six axes qui structurent l’espace proposé
comme représentation des différences culturelles, et pour chacun des pays pour
lesquels la base de données est d’une taille suffisante pour pouvoir se livrer
à un exercice quantitatif, une valeur, de 0 à 100, est attribuée.
Elles sont néanmoins fort intéressantes et permettent de se livrer à des exercices de comparaison entre pays.
Ces valeurs sont des moyennes et elles ne signifient pas que chaque ressortissant d’un pays considéré s’aligne parfaitement sur celles-ci.
Elles sont néanmoins fort intéressantes et permettent de se livrer à des exercices de comparaison entre pays.
C’est ce qui est fait ci-dessous pour cinq pays (France, Japon, États-Unis d’Amérique, Chine et Allemagne).
Concentrons-nous sur l’axe qui pointe vers le bas, Uncertainty avoidance, qui signe la relation à l’incertitude, l’acceptation, plus ou moins grande du risque.
Avec un « score » de 86, les français se situent parmi ceux qui sont les plus mal à l’aise avec l’incertitude et le risque (dans la base de G. Hofstede les valeurs extrêmes sont de 23 pour le Danemark et de 95 pour la Russie).
Avec un « score » de 86, les français se situent parmi ceux qui sont les plus mal à l’aise avec l’incertitude et le risque (dans la base de G. Hofstede les valeurs extrêmes sont de 23 pour le Danemark et de 95 pour la Russie).
Cette dimension, comme les autres, est acquise, par
immersion dans l’environnement culturel, et non pas innée. Cela est heureux car,
si tel était le cas, on peut se demander si les petits Français oseraient tenter
la marche debout, assurés qu’ils seraient de tomber plus d’une fois avant d’y
parvenir !
Cette aversion au risque et à l’incertitude se traduit par
nombre d’éléments, variés, de notre quotidien comme la codification massive, une extraordinaire prolixité réglementaire et normative, une relation compliquée à l’autre, à l’étranger, la nature des placements des
économies des Français (assurance vie plutôt qu’actions)…
De façon sclérosante pour le pays, elle a été gravée au plus profond, en février 2005, lorsque le
Parlement, réuni en Congrès, a inscrit la Charte de l'environnement dans la
Constitution, installant par là même dans celle-ci le principe de précaution
(art. 5).
Appliquée au cas de la construction, cette forte aversion à
l’incertitude se traduit aussi par le fait que le désir d’investir peut être
totalement congelé s’il apparaît que le contexte (réglementaire, fiscal,
incitatif …) peut évoluer rapidement, voire brutalement, mettant à mal la
visibilité attendue d’un investissement dans le bâtiment.
Cette aversion au risque trouve également un reflet dans la diversité des modes d'évaluation technique des procédés constructifs innovants.
Cette aversion au risque trouve également un reflet dans la diversité des modes d'évaluation technique des procédés constructifs innovants.
Sur cet axe, comme sur les cinq autres, il n’y a pas de
« bonne » ou de « mauvaise » réponse ou position. En
revanche, il est utile d’être conscient de ce qu’est notre situation par
rapport à celle des autres et du fait que ce qui peut nous sembler logique,
voire naturel, n’a en fait, le plus souvent, rien d’universel.
Si le Français souhaite que tous les voyants soient au vert pour démarrer, il n'en va de même pour les autres, ce qui est bon à savoir dans un environnement concurrentiel.
Comme toujours, il est précieux de se connaître (Γνῶθι σεαυτόν).
Si le Français souhaite que tous les voyants soient au vert pour démarrer, il n'en va de même pour les autres, ce qui est bon à savoir dans un environnement concurrentiel.
Comme toujours, il est précieux de se connaître (Γνῶθι σεαυτόν).
Petit bonus web : Entretien,
passionnant, avec Geert Hofstede (en anglais)
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